Eloge funèbre du
grand Mélèce
GREGOIRE DE NYSSE
ELOGE FUNEBRE DU GRAND MELECE
1. Le nouvel apôtre a augmenté la
phalange des Apôtres, qui lui ont ouvert leurs rangs ; les saints
ont attiré vers eux le saint, les athlètes
l'athlète, les victorieux le victorieux, les cœurs purs
l'âme sans tache, les serviteurs du Verbe le héraut du
Verbe. Notre père est digne d'envie, lui qui habite avec les
apôtres et qui s'est rendu auprès du Christ ; nous, nous
sommes bien à plaindre : nous voilà devenus orphelins
dans un temps qui ne nous permet guère de nous féliciter
d'avoir eu un tel père. Il valait mieux pour lui quitter le
monde et demeurer avec le Christ ; il est cruel pour nous d'être
privés du père qui nous guidait. Voici le moment de
délibérer, et celui qui nous conseillait garde le
silence. Une guerre nous enveloppe, guerre soulevée par
l'hérésie, et nous n'avons plus de chef. Le grand corps
de l'Église est abattu par la maladie, et nous ne trouvons pas
de médecin. Vous voyez où nous en sommes. Je voulais
essayer de donner quelque vigueur à ma faible parole pour
atteindre à la grandeur de notre infortune et faire entendre des
accents dignes d'une telle affliction, comme ces nobles
évêques qui ont gémi avec tant d'éloquence
sur le malheur qui nous ravit notre père. Mais que puis-je ?
Comment contraindre au ministère de la parole cette langue
qu'enchaînent les lourdes entraves de la douleur ? Comment ouvrir
cette bouche impuissante à trouver des sons ? Comment faire
retentir cette voix qu'étouffent des plaintes et des
gémissements arrachés par les souvenirs de
l'amitié ? Comment élever les regards de cette âme
voilée par les ténèbres du malheur ? Qui,
perçant pour moi cet épais et sombre nuage de la douleur,
me montrera encore, brillant dans un ciel serein, le rayon de la paix ?
Où luira pour nous la lumière, maintenant que le flambeau
s'est éclipsé ? Oh ! nuit funeste, qui n'espère
plus d'aurore.
Combien sont différents les discours que
nous tenions hier dans ce même lieu et ceux que nous y tenons
aujourd'hui ! Nous faisions entendre des chants
d'hyménée, et nous gémissons sur un coup terrible
; nous chantions un épithalame, aujourd'hui c'est un hymne
funèbre ; car vous vous rappelez comment nous avons
célébré au milieu de vous cet hymen spirituel,
amenant la vierge au beau fiancé, et apportant à tous
deux, selon notre pouvoir, l'offrande de notre parole, charmant les
autres en nous laissant charmer par eux à notre tour. Mais
maintenant notre allégresse s'est changée en deuil, et
nos habits de fête en cilice. Fallait-il peut-être imposer
silence à notre douleur et tenir renfermé dans nos cœurs
un désespoir muet, afin de ne pas troubler les enfants de la
chambre nuptiale, nous qui n'avons pas la joyeuse robe de l'hymen, et
dont la parole est couverte d'un vêtement de deuil ? Car,
dès que le beau fiancé s'est éloigné de
nous, une sombre affliction a fondu sur nous soudain, et nous ne
pouvons plus orner notre discours, comme jadis, de couleurs riantes,
puisque le démon nous a dépouillés de notre
parure. Nous sommes venus vers vous chargés de biens ; nous nous
éloignons pauvres et nus : le flambeau était droit
au-dessus de nos têtes et brillait d'un riche éclat ; nous
le remportons éteint, et sa lumière s'est dissipée
en fumée et en cendre. Nous portions le précieux
trésor dans un vase de terre ; mais le trésor n'est plus,
et le vase est conservé, vide de sa richesse, à ceux qui
l'avaient donné. Que dirons-nous, nous qui l'avons envoyé
? Que répondront ceux à qui on le réclame ?
Ô fatal naufrage ? Comment notre vaisseau s'est-il brisé
au milieu du port de notre espérance ? Comment ce puissant
navire, englouti avec les trésors qu'il portait, nous a-t-il
laissés dépouillés de tout, nous jadis si riches ?
Où est cette voile éclatante de blancheur que conduisit
toujours le souffle du Saint Esprit ? Où est ce fidèle
gouvernail de nos âmes, qui nous faisait passer sains et saufs au
milieu des tempêtes de l'hérésie ? Où est
l'ancre inébranlable de cette sagesse, sur laquelle nous nous
reposions en toute sécurité dans nos tourmentes ?
Où est l'habile pilote qui dirigeait le navire vers le port
céleste ?
2. Est-ce donc un accident ordinaire qui nous
surprend, et m'attendrirais-je sans motif ? Ou plutôt n'est-il
pas vrai que je ne puis, même en enflant ma voix, déplorer
dignement un tel malheur ? Prêtez-nous, mes frères,
prêtez-nous les larmes de compassion. Quand vous étiez
dans la joie, nous avons pris part à votre bonheur ; payez-nous
aujourd'hui de ce triste retour. Se réjouir avec ceux qui se
réjouissent, c'est ce que nous avons fait ; pleurer avec ceux
qui pleurent, c'est ce que vous nous devez en échange. Jadis un
peuple étranger pleura Jacob, et se crut atteint par le coup qui
frappait autrui, quand les fils du patriarche, transportant hors
d'Égypte, avec toute une nation, le corps de leur père,
déploraient cette perte cruelle sur la terre
étrangère, et prolongeaient leurs gémissements
durant trente jours et trente nuits. Imitez ces enfants d'une autre
race, vous qui êtes frères et ne faites qu'une famille.
Alors les étrangers et les indigènes mêlaient leurs
larmes ; qu'il en soit de même aujourd'hui dans un malheur
commun. Vous voyez ces patriarches ; ils sont tous enfants de notre
Jacob. Tous sont nés de la femme libre ; nul n'est bâtard
ni supposé : car celui que nous pleurons ne pouvait pas
introduire des rejetons d'esclaves parmi les nobles enfants de la foi.
Il était donc aussi notre père, puisqu'il était le
père de notre père.
Vous venez d'entendre Éphraïm et
Manassé vous raconter les merveilles de sa vie, dont le nombre
et la grandeur sont au-dessus de tous les récits. Souffrez que
je vous en entretienne à mon tour. Nous pouvons désormais
célébrer sans danger son bonheur ; je ne redoute plus
l'envie du démon ; que mal pourrait-elle me faire encore.
3. Apprenez donc quel était celui que nous
regrettons. Noble entre les plus nobles de l'Orient, sans reproche,
juste, sincère, pieux, fuyant toute action mauvaise ; car le
bienheureux Job ne sera pas jaloux si son émule s'honore des
mêmes témoignages qui lui furent rendus. Mais celui qui
voit d'un oeil d'envie tout ce qui est beau a jeté aussi d'amers
regards sur notre trésor ; celui qui parcourt la terre
entière a passé aussi parmi nous, et a imprimé au
milieu de notre bonheur une large trace d'affliction ; et ce ne sont
pas des troupeaux de bœufs et de brebis qu'il a détruits,
à moins que l'on n'attache à ce nom de troupeau un sens
mystique pour désigner l'Église. Non, ce n'est pas dans
des biens de cette nature que le démon nous a frappés ;
ce ne sont pas des ânes ou des chameaux qu'il nous a fait perdre,
ce n'est pas en blessant notre chair qu'il a affligé nos sens :
c'est notre tête même qu'il nous a enlevée, et avec
elle ont disparu les plus nobles organes. Il n'est plus, cet oeil qui
contemplait les choses célestes, ni cette oreille qui
écoutait la voix divine, ni cette langue si pure
consacrée à la vérité. Qu'est devenue la
douce sérénité de ces regards ? et le sourire qui
rayonnait sur ces lèvres, et cette main affable dont les
mouvements accompagnaient une parole bienveillante ? Mais je me laisse
aller à déplorer notre infortune comme sur un
théâtre.
4. Je gémis sur toi, ô Église
; c'est à toi que je m'adresse, ville d'Antiochus. Je
gémis sur une catastrophe soudaine. Comment a été
ravie cette beauté ? Comment a été arraché
cet ornement ? Comment s'est détachée tout à coup
cette fleur ? Oui, l'herbe s'est séchée et la fleur est
tombée. Quel oeil jaloux, quelle funeste envie s'est
déchaînée contre cette Église ? Quel
changement dans sa fortune ! La source est tarie. Le fleuve est mis
à sec. L'eau est une seconde fois changée en sang. Oh !
le triste message que celui qui va porter à Antioche la nouvelle
de son malheur ! Qui apprendra aux enfants qu'ils sont orphelins ? Qui
annoncera à l'épouse qu'elle est veuve ? Fatale
destinée ! Qu'ont-ils envoyé ? et que vont-ils recevoir ?
Ils ont envoyé une arche, ils reçoivent un cercueil. Oui,
mes frères, c'était une arche que cet homme de Dieu qui
renfermait en lui les divins mystères : là se trouvait le
vase d'or rempli de la manne divine, de la nourriture céleste.
Dans cette arche étaient les tables de l'alliance,
écrites au-dedans de son cœur non avec de l'encre, mais par le
souffle du Dieu vivant ; car aucune pensée noire ou
ténébreuse ne s'imprimait dans la pureté de ce
cœur. Dans cette arche étaient les colonnes, les bases, les
chapiteaux, l'encensoir, le chandelier, le propitiatoire, les piscines,
les tentures qui voilent les portes ; dans cette arche était la
verge du sacerdoce qui avait fleuri dans ses mains ; enfin, tout ce que
nous savons avoir été dans l'arche antique se trouvait
réuni dans l'âme de cet homme.
Que reste-t-il en échange ? Que la parole
se taise ici. De brillantes étoffes, des tissus de soie, de
riches parfums, de précieuses essences, présent
magnifique d'une femme digne et vertueuse ; car il faut redire, pour
lui rendre témoignage, ce qu'elle a fait en l'honneur du
prêtre, répandant généreusement sur sa
tête un vase de parfums. Mais que conservent tous ces
apprêts ? Des ossements sans vie et qui avant la mort même
s'étaient exercés à mourir, tristes monuments de
nos malheurs. Oh ! quels cris on entendra encore dans Rama ! Rachel
pleurant non plus ses enfants, mais son époux, et ne voulant
point recevoir de consolation. Cessez, cessez, vous qui voulez la
consoler. Ne vous mettez point en peine d'adoucir sa douleur. Que la
veuve éclate en gémissements. Qu'elle sente toute
l'étendue de sa perte. Et pourtant la séparation n'est
pas pour elle chose nouvelle ; les luttes de l'athlète l'ont
habitué à supporter l'isolement.
5. Vous n'avez assurément pas
oublié le récit qu'on vous a fait avant moi des combats
de Mélèce ; on vous a dit comment, honorant
fidèlement la sainte Trinité, il lui rendit encore
hommage par le nombre de ses luttes, puisqu'il eut à
résister à trois persécutions. Vous avez entendu
la suite de ses travaux, vous savez quel il fut dans chacune de ses
occasions. Il serait inutile, je pense, de revenir sur ce qui a
été si parfaitement exposé ; mais peut-être
n'est-il pas hors de propos d'y ajouter quelques mots. Lorsque cette
vertueuse Église vit son pasteur pour la première fois,
elle vit un visage véritablement formé à l'image
de Dieu, une inépuisable charité, la grâce
répandue sur ses lèvres, une humilité si grande
qu'il était impossible de rien concevoir au delà, la
douceur de David, la sagesse de Salomon, la bonté de Moïse,
la justice de Samuel, la vertu de Joseph, la science de Daniel, un
zèle pour la foi égal à celui du grand
Élie, une pureté de mœurs pareille à celle du
sublime Jean-Baptiste, une charité aussi immense que celle de
Paul ; elle vit tant de belles qualités réunies dans une
seule âme, et elle fut blessée d'un amour divin, et elle
aima son époux d'une chaste et vertueuse tendresse. Mais avant
qu'elle eût contenté son désir et satisfait son
ardeur, toute brûlante encore d'amour, elle se vit
abandonnée ; des temps d'épreuve appelaient
l'athlète au combat. Tandis qu'il répandait ses sueurs
pour la piété, elle restait, comme une sage
épouse, gardant la foi de l'hymen. De longs jours
s'écoulèrent, et des tentatives d'adultères
menaçait la chasteté de la chambre nuptiale ; mais
l'épouse ne fut point souillée. Un second retour fut
suivi d'un second exil, puis d'un troisième encore,
jusqu'à ce que le Seigneur, perçant les
ténèbres de l'hérésie et faisant luire le
rayon de la paix, permit d'espérer quelque repos après
ces longues fatigues. Les deux époux se sont revus, ils ont
goûté de nouveau les joies pures d'une la sainte alliance,
leur amour s'est rallumé, et voilà qu'aussitôt
cette suprême séparation met fin à leur bonheur. Il
était venu pour célébrer votre union, et il a
rempli l'objet de ses vœux : sa bénédiction a
couronné ce noble hymen ; il a imité le Seigneur. Oui,
l'imitateur de Jésus-Christ a accompli en ces lieux ce que fit
Jésus à Cana, en Galilée ; il a rempli d'un vin
pur ces urnes de la Judée, pleines de l'eau de
l'hérésie, changeant ainsi la nature des choses par la
puissance de la foi. Il a dressé souvent au milieu de vous le
cratère de la sobriété, et sa douce voix versait
à flot le vin de la grâce ; souvent il vous a fait asseoir
au banquet de la sainte parole. D'abord il bénissait le repas,
puis ces disciples vertueux distribuaient aux peuples les miettes de la
parole. Pour nous, nous étions dans la joie, car la gloire de
votre race était aussi la nôtre.
6. Quelle heureuse matière s'est jusqu'ici
offerte à nos récits ! Qu'il serait doux de borner
là notre discours ! Quelle en est donc la suite ? Appelez, dit
Jérémie, les femmes qui pleurent les morts. Un cœur
consumé de douleur et gonflé d'affliction ne peut
soulager que par les gémissements et par les larmes. Avant ce
jour, l'espoir du retour adoucissait la séparation ; mais
maintenant c'est pour jamais qu'il s'est éloigné de nous.
Un abîme immense reste ouvert entre lui et son Église. Il
repose dans le sein d'Abraham, et celui qui apportait la goutte d'eau
pour rafraîchir la langue des affligés n'existe plus. Sa
beauté a disparu, sa voix se tait, ses lèvres sont
muettes, sa grâce s'est envolée. Notre
félicité n'est plus qu'un souvenir. Le peuple
d'Israël s'affligeait jadis lorsqu'Élie, abandonnant la
terre, s'envola vers Dieu ; mais Élisée, paré du
manteau du maître, le consolait de cette séparation. Pour
nous, notre blessure est sans remède, car Élie nous a
été ravi et Élisée ne nous reste point.
Vous avez entendu les sombres et lamentables paroles dont
Jérémie se sert pour gémir sur la Jérusalem
déserte ; parmi ces images pleines de tristesse se trouvent ces
mots : Les rues de Sion pleurent. Et ces paroles, prononcées
jadis, se trouvent accomplies aujourd'hui. Lorsque le bruit de ce
malheur sera répandu, les rues seront remplies de gens en pleurs
; ceux dont il était le pasteur sortiront en foule des maisons ;
ils imiteront les cris de désespoir des habitants de Ninive, ou
plutôt leurs gémissements seront plus déchirants
encore ; car, si les lamentations ont éloigné les
malheurs que redoutait Ninive, Antioche ne peut espérer de ses
pleurs aucun remède à ses maux. Je sais aussi une autre
parole de Jérémie, qui se trouve dans le livre des
Psaumes, et que lui inspira la captivité d'Israël. Nous
avons, dit-il, suspendu nos instruments aux saules, nous les avons
condamnés ainsi que nous au silence. Je m'empare de ce verset ;
car, lorsque je regarde la confusion causée par
l'hérésie (or Babylone signifie confusion), je dis que ce
sont là ces fleuves de Babylone au bord desquels nous restons
assis et nous pleurons, parce que nous n'avons plus de guide pour nous
les faire traverser. Si l'on parle des saules et des instruments qui y
sont suspendus, cette figure s'applique encore à moi ; car notre
vie se passe véritablement au milieu des saules ; le saule est
un arbre stérile, et le doux fruit de notre vie est
tombé. Nous sommes donc devenus des saules stériles, et
nous avons suspendu aux branches les instruments oisifs et muets de la
charité. Si je t'oublie, s'écrie-t-il, ô
Jérusalem, que ma main droite soit mise en oubli. Souffrez que
je change quelque chose à ces paroles, car ce n'est pas nous qui
avons oublié notre droite, c'est notre droite qui nous a
oubliés, et cette langue collée au gosier vient de fermer
le passage de la voix, alors que nous n'entendions plus jamais ces doux
accents.
Mais essuyez mes larmes ; car je sens que je me
montre trop faible en présence du malheur. L'époux ne
nous a point été ravi ; il est au milieu de nous, bien
que nous ne puissions le voir. Le prêtre est dans le sanctuaire,
derrière le rideau où le Christ est entré le
premier pour nous. Il a quitté l'enveloppe de la chair. Il
n'adore plus une représentation et une ombre des choses
célestes, mais il a les yeux fixés sur leur
véritable image ; il ne voit plus Dieu comme dans un miroir et
dans une énigme, il le contemple face à face, et il
intercède pour nous et pour les fautes de son peuple. Il a
dépouillé les habits de peaux ; car ceux qui vivent dans
le paradis n'ont besoin de rien de semblable ; mais il se pare des
vêtements qu'il a tissés par la pureté de sa vie,
C'est une chose précieuse devant le Seigneur que la mort d'un
tel homme ; ou plutôt, ce n'est point une mort, ce sont des liens
qui se brisent. Vous avez rompu mes liens, dit le Psalmiste.
Siméon a été délivré, il a
été affranchi des liens du corps. Le filet a
été rompu, et l'oiseau s'est envolé. Il a
abandonné la terre d'Égypte et ce monde de matière
; il a franchi non pas la mer Rouge, mais la noire et sombre mer de la
vie ; il est entré dans la terre de la promesse, il converse
avec Dieu sur la montagne, il a dégagé son âme de
ses sandales, afin qu'elle pût fouler avec le pied libre de la
pensée la sainte terre où l'on voit Dieu.
7. Puisque vous avez, mes frères, de tels
sujets de consolation, vous qui allez porter les ossements de Joseph
dans la terre de bénédiction, écoutez le
précepte de saint Paul : Ne vous attriste pas comme le font les
autres hommes qui n'ont point d'espérance. Parlez à ce
peuple que vous allez voir, racontez-lui tant de merveilles, dites-lui
comment, par un incroyable prodige, un peuple innombrable, semblable
à une mer, ne faisait qu'un seul corps, tant la foule
était dense, et venait entourer de ses flots la pompe des
funérailles ; comment le vertueux David, se partageant entre
mille chœurs divers, dansait autour du cercueil a milieu de
compatriotes et d'étrangers ; comment des deux
côtés, deux rivières de feu, sillons immenses
formés par des milliers de torches, s'étendaient aussi
loin que l’œil pouvait découvrir. Redites-leur l'empressement de
tout le peuple, dites-lui qu'il a partagé la demeure des
Apôtres ; comment les fidèles se partageaient, pour les
conserver, les linges qui avaient touché son visage. Ajoutez
à vos récits l'empereur plongé dans l'affliction
et se levant de son trône, la ville entière faisant
cortège au saint, et consolez-vous les uns les autres par ces
discours. Salomon enseigne un excellent remède contre le chagrin
; car il ordonne de donner du vin à ceux qui sont dans la
douleur, et c'est à nous qu'il s'adresse, à nous ouvriers
de la vigne. Donnez donc de votre vin aux affligés, non pas de
ce vin qui produit l'ivresse, attaque la raison et nuit au corps, mais
de celui qui réjouit le cœur, et que le prophète indique
quand il dit : Le vin réjouit le cœur de l'homme. Offrez-leur un
mélange plus pur, présentez-leur plus
généreusement les coupes de la paroles, afin que notre
deuil fasse de nouveau place au contentement et à la joie, par
la grâce du Fils unique de Dieu, par qui la gloire appartient
à Dieu le Père dans les siècles des
siècles. Amen.
Date de création : 10/10/2004 - date de mise à
jour : 10/10/2004 |