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PREFACE
Grégoire, évêque de Nysse, à
son frère Pierre, serviteur de Dieu
[1]
Si nous devions par de l'argent montrer notre vénération
aux plus vertueux des hommes, toutes les fortunes du monde
ne suffiraient pas, comme dit Salomon à égaler votre vertu
: car les égards dus à votre Excellence ne s'estiment pas
au poids de l'or.
La solennité de Pâques me rappelle le don
[2] que j'ai l'habitude de faire
à votre grandeur pour lui montrer mon affection : ce présent,
homme de Dieu, sera au-dessous de votre mérite, mais il
est en rapport avec mes moyens. C'est un traité que, dans
l'indigence de mon esprit, j'ai eu bien du mal à tisser
comme un vêtement de pauvre. Son sujet paraîtra peut-être
audacieux à beaucoup ; pourtant il ne m'a pas semblé hors
de propos.
Sur la création de Dieu, en effet, je ne
connais pas de meilleure étude que celle de Basile
[3], cet homme « réellement créé
selon Dieu » et « dont l'âme fut formée à l'image
de son créateur ». Ces travaux de notre commun père et maître
ont mis à la portée de tous la magnifique ordonnance de
l'univers ; à ceux que sa science a poussés à l'étude, ils
ont fait connaître un monde qui trouve sa cohésion dans
la vérité de la sagesse divine. Or, bien qu'impuissant à
l'admirer comme il faut, j'ai eu l'idée de compléter ce
qui manquait aux études de ce grand homme non que je veuille,
en lui attribuant mon ouvrage, contaminer le sien (ce serait
une impiété outrageante pour celui dont nous prétendons
magnifier le sublime enseignement), mais je voudrais que
la gloire qui vient des disciples ne fasse pas défaut au
maître. Si en effet, son ouvrage sur les « Six Jours » laissant
de côté l'étude de l'homme, aucun de ses disciples n'avait
à cur d'achever ce qui manque, la réputation de Basile
encourrait peut-être le reproche de n'avoir pas cherché
à mettre dans ses auditeurs l'habitude de la réflexion.
Aussi, selon mes forces, j'ose entreprendre le commentaire
de ce qui reste à traiter. Si, dans ces pages, vous en trouvez
qui ne soient pas indignes de l'enseignement de Basile,
toute la gloire en reviendra à notre maître ; mais si je
n'atteins pas à la sublimité de sa doctrine, on ne lui reprochera
pas d'avoir donné l'impression de négliger la formation
de ses disciples et, à bon droit, les critiques me tiendront
responsable de ne pas avoir eu un cur à la mesure
de la sagesse du maître.
Ce n'est pas un petit objet que j'entreprends
d'étudier, quelque merveille du monde d'intérêt secondaire,
mais une réalité qui dépasse sans doute en grandeur tout
ce que nous connaissons puisque seule, parmi les êtres,
l'humanité est semblable à Dieu. Aussi la bienveillance
de mes lecteurs sera disposée à l'indulgence pour ces pages
même si je reste très inférieur à mon sujet. En effet, en
tout ce qui concerne l'homme, on ne doit rien laisser sans
examen de ce que la foi nous enseigne de son passé, de la
destinée que nous espérons pour lui dans l'avenir et de
sa condition présente. Je resterais évidemment en dessous
de mes promesses si dans cette considération de l'homme
que j'entreprends, j'omettais l'un des points essentiels
à mon dessein. En particulier, à première vue, il y a, en
l'homme, des contradictions : les caractères présents de
sa nature et ceux qu'il eut à l'origine n'ont apparemment
entre eux aucun lien nécessaire [4].
Ces oppositions, il faudra les résoudre grâce au récit de
l'Écriture et par ce que nos raisonnements nous feront découvrir
; ainsi nous mettrons en toute cette matière un enchaînement
et un ordre entre ce qui parait s'opposer, mais qui en fait
tend à un seul et même but, grâce à la puissance divine
qui trouve une espérance pour ce qui n'en offre plus et
une issue à ce qui n'en a pas.
Pour plus de clarté, j'ai cru bon de mettre
le sujet en tête des chapitres : vous pourrez ainsi en peu
de mots savoir le sommaire de chacun des arguments de tout
l'ouvrage.
1. Pierre était le plus
jeune frère de Basile et de Grégoire de Nysse. Grégoire
raconte dans la Vie de Macrine, sa sur aînée,
comment celle-ci léleva dans la piété et dans la connaissance
de lÉcriture (P.G. XLIV, 972 A-B). Nous avons aussi
une lettre à lui adressée par Grégoire (P.G. XLV, 241A)
quand il était évêque de Sébaste.
2. Sur lusage de ces
présents, voir Dict. Arch. Lit., art. Eulogies
et P.G. XLVI, 1025 B
3. Grégoire présente son
ouvrage comme une suite du Traité de Basile sur
les six jours. Mais en réalité, lesprit en est
différent et il sadresse à un public plus intellectuel.
Grégoire reprendra plus tard le commentaire des Six Jours
à lusage de ce public. Selon E. von Ivanka (Byz.
Zeit., 1936, p. 465), la véritable suite des homélies
de Basile sur les Six Jours serait les deux homélies
sur la création de lhomme (P.G. XLIV, 257-298), souvent
considérées comme apocryphes et qui seraient alors authentiques.
Grégoire aurait ainsi dune part complété luvre
de Basile pour le peuple de Césarée et de lautre composé
un traité de la création de lhomme pour le public
savant. Mais notre introduction semble bien faire du De
Opificio lui-même la suite du Traité sur les Six
Jours de Basile.
4. Sur cette contradiction,
voir Gr. Cat., V, 8.
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Date de
création : 21/11/01 - date de mise à jour :
8/7/02
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