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CHAPITRE XXVI
LA RÉSURRECTION N'EST PAS
DU DOMAINE DE L'INVRAISEMBLABLE
II y a des gens qui, par suite du manque
de vigueur de nos raisons humaines, jugent à notre mesure
la puissance divine et tiennent pour impossible à Dieu tout
ce que nous ne pouvons comprendre. Ils nous montrent l'anéantissement
de ceux qui sont morts depuis longtemps, les restes de ceux
qui ont été réduits en cendres par des bûchers ; ils y joignent
le cas des carnivores, et ce poisson qui, ayant dévoré la
chair d'un naufragé, est devenu à son tour la nourriture
des hommes et que la digestion a transformé dans le corps
même de celui qui l'a mangé [1]. Ils passent
encore en revue beaucoup d'autres raisons méprisables et
indignes de la toute-puissance de Dieu, pour renverser notre
doctrine, comme si Dieu ne pouvait pas à nouveau par les
mêmes chemins rétablir l'homme en sa nature par le moyen
de la Résurrection.
Coupons court à ces longs circuits d'une
vaine raison : nous reconnaissons que le corps se dissout
dans les éléments dont il était composé. Non seulement,
selon la parole divine, la terre retourne à la terre, mais
l'air, l'humide, retournent à ce qui est de la même espèce
qu'eux et chacun des éléments de notre être passe aux éléments
correspondants, que le corps humain ait été dévoré par des
oiseaux carnivores ou par des bêtes sauvages et se trouve
changé en eux, qu'il soit venu même sous la dent des poissons
ou que le feu l'ait transformé en vapeur et en poussière.
Où que, par hypothèse, notre raisonnement emporte l'homme,
il est toujours à l'intérieur du monde. Or le monde est
contenu dans la main de Dieu, comme nous l'enseigne l'Écriture
inspirée [2]. Si vous n'ignorez pas l'objet
que vous tenez en main, croyez-vous que la connaissance
de Dieu ait moins de force que la vôtre, comme si elle ne
pouvait découvrir avec exactitude ce qui est enfermé dans
l'empan divin ?
1. Argument classique que
l'on retrouve chez les divers adversaires du christianisme
(voir Labriolle, La réaction païenne,
p. 27 sqq.).
2. PS. XCIV, 4. Grégoire
s'inspire ici du De resurrectione de Méthode
d'Olympe, où celui-ci combat les idées d'Origène
sur la résurrection : mêmes objections contre
l'identité matérielle du corps terrestre et
du corps glorieux (De res. I, 14, Bonwetsch 237,
19 ; I, 20 ; 247, 5), même recours à la toute-puissance
de Dieu (De res. II, 28 ; 386, 10). Dans le chapitre
suivant, il va tenter une explication personnelle de la
résurrection, qui associe la doctrine origéniste
de l'identité de eidos et celle de Méthode
sur l'identité matérielle.
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Date de
création : 21/11/01 - date de mise à jour :
3/1/03
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