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CHAPITRE XXIII
SI L'UNIVERS A EU UN
COMMENCEMENT, IL FAUT NÉCESSAIREMENT LUI RECONNAÎTRE UN
TERME
Lien nécessaire entre les théories sur
le commencement du monde et celles sur sa fin
Si quelqu'un, considérant le déroulement
régulier de l'univers, par lequel il se fait une idée de
l'espacement temporel, avoue ne pas admettre cet arrêt de
tout mouvement prédit dans l'Écriture, cet homme-là évidemment
ne croit pas davantage qu'à l'origine Dieu ait donné l'existence
au ciel et à la terre. Celui qui reconnaît une origine au
mouvement n'a pas un doute sur son terme et celui qui ne
lui reconnaît pas un terme n'en admet pas non plus le commencement.
Nous, de même que nous pensons que l'agencement harmonieux
des siècles est l'uvre de la parole divine, croyant,
comme dit l'Apôtre, que le visible vient de l'invisible,
nous portons la même foi en la parole de Dieu, qui nous
prédit l'arrêt nécessaire des choses.
Soumission à la foi
La question du « comment », il faut la rejeter
de notre curiosité : sur ce point encore, nous recevons
avec foi que le monde visible a son harmonie définitive
dans un monde qui n'est pas encore manifesté et nous laissons
de côté la recherche de ce qui est hors de nos prises.
Examen nécessaire
Sur plus d'un point, pourtant, nous pouvons
être dans l'embarras et y trouver occasion de doutes sérieux
sur notre foi. Des esprits habitués à la controverse peuvent
se permettre par des arguments vraisemblables et logiques
de mettre notre foi sens dessus dessous, en ne tenant pas
pour vraie la doctrine de l'Écriture sur la création matérielle,
qui enseigne avec force l'origine de toutes choses en Dieu.
Arguments de ceux qui tiennent l'éternité
de la matière
Ceux qui tiennent la doctrine contraire,
en effet, s'efforcent d'établir que la matière est coéternelle
à Dieu et pour fonder cette façon de penser, ils usent des
arguments suivants [1] : d'un côté, la
nature de Dieu est simple, sans matière, sans qualité, grandeur
ou composition ; elle ne connaît aucune délimitation extérieure.
De l'autre, toute matière se définit par son extension dans
l'espace et est soumise à la perception sensible, puisqu'elle
se fait connaître à nous par la couleur, la forme extérieure,
le poids, la quantité, la résistance et toutes les autres
qualités dont on ne peut absolument pas admettre l'existence
dans la nature divine. Or comment imaginer que la matière
vienne d'un être immatériel ? que ce qui a des dimensions
vienne de ce qui n'en a pas ? Si l'on croit que la matière
tire de Dieu son origine, il faut admettre que d'une façon
inexplicable elle est en Dieu, d'où elle viendrait ainsi
à l'existence. Mais si la matière est en Dieu, comment celui
qui la contient est-il immatériel ? Il faut en dire autant
de toutes les autres caractéristiques de la nature matérielle
: si la quantité est en Dieu, comment Dieu est-il sans elle
? S'il contient en lui l'être composé, comment est-il simple,
sans parties ni composition ? Aussi on doit conclure : ou
Dieu est nécessairement matériel, puisque la matière tire
de lui son origine, ou, si on veut éviter cette conséquence,
il faut supposer qu'il prend hors de lui la matière dont
il a besoin pour la formation de l'univers. En conséquence,
si la matière était hors de Dieu, il faudrait absolument
admettre un principe différent de lui, qui lui soit coéternel
et n'ait pas d'origine. On en vient à poser la coexistence
de deux principes sans commencement ni origine, celui dont
l'art réalise le monde et celui sur lequel il s'applique.
Une telle théorie qui admet comme une nécessité la coexistence
éternelle de Dieu et de la matière est une approbation donnée
aux idées des Manichéens qui mettent sur le même plan, comme
incréées l'une et l'autre, la cause matérielle et la nature
du bien [2].
Notre foi en la Résurrection fondée sur
la foi dans le commencement des choses
Nous, nous croyons que tout vient de Dieu,
sur l'affirmation de l'Écriture. Quant à dire comment tout
était en Dieu, nous estimons ne pas devoir nous y arrêter,
comme à un point dépassant notre raison. Nous croyons que
tout est possible à la puissance divine : d'amener à l'existence
ce qui n'est pas, comme de donner à ce qui existe les qualités
qui lui conviennent.
La conclusion logique est donc : si pour
tirer les choses du néant à l'être, la puissance du vouloir
divin suffit, de la même façon lorsque nous ferons appel
à cette même puissance pour cette restauration universelle
des choses, nous n'admettrons rien qui sorte de la vraisemblance.
Cependant je crois possible de persuader par quelques raisons
ceux qui nous font de subtiles difficultés sur la matière
; ainsi nous ne paraîtrons pas, par manque d'arguments,
passer à côté de la discussion.
1. La doctrine de l'éternité
de la matière est aristotélicienne.
2. Les Manichéens,
héritiers du dualisme gnostique, en étaient
les grands représentants au IVe siècle. Grégoire
y fait plusieurs fois allusion (XLV, 30 D, 406 G).
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Date de
création : 21/11/01 - date de mise à jour :
3/7/02
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