La création de l'homme - chapitre 14

Page précédente

Sommaire

Page suivante


CHAPITRE XIV

L'ESPRIT N'EST PAS DANS UNE PARTIE DU CORPS. DIFFÉRENCE ENTRE LES MOUVEMENTS DU CORPS ET CEUX DE L'ÂME

 

Nous voici loin de notre sujet. Nous voulions montrer que l'esprit n'est pas enchaîné à une partie du corps, mais qu'il s'attache également à l'ensemble et communique le mouvement conformément à la nature de la partie qui lui est soumise. Il y a des cas où c'est l'esprit qui suit comme un serviteur les inclinations de la nature. Souvent, en effet, la nature du corps prend le commandement, à la suite du chagrin qui est en nous ou du désir de ce qui nous charme : alors elle a l'initiative, excitant en nous l'appétit ou nous faisant chercher notre plaisir. Pendant ce temps, se soumettant à ces penchants, l'esprit s'unit au corps pour lui fournir les moyens qui sont en lui de satisfaire à ces besoins.

Ceci ne se passe pas chez tous, mais seulement dans les natures vulgaires, qui mettent leur raison au service des instincts de la nature et qui, par cette alliance de l'esprit, flattent comme des esclaves tout ce qui est agréable à leurs sens. Les parfaits ne se conduisent pas ainsi. Chez eux l'esprit y commande et choisit ce qui est utile par raison, non par entraînement : la nature suit à la trace les ordres de l'esprit.

Nous avons découvert en ce qui vit trois facultés distinctes : la première, « nutritive », n'a pas la sensation ; la seconde, nutritive et sensitive à la fois, n'a pas l'activité rationnelle ; enfin la dernière, rationnelle et parfaite, se répand à travers toutes les autres, en sorte qu'elle est présente en toutes et à l'esprit en sa partie supérieure. Cependant on ne doit pas en conclure que le composé humain soit formé d'un mélange de trois âmes que l'on pourrait considérer dans leurs délimitations propres et qui donnerait à penser que notre nature est un composé de plusieurs âmes. En réalité l'âme, dans sa vérité et sa perfection, est une par nature, étant à la fois spirituelle et sans matière et, par les sens, se trouvant mêlée à la nature matérielle. Toute partie matérielle soumise au changement et à l'altération, se développera si elle participe de la puissance de l'âme. Mais si elle s'éloigne de l'âme qui lui donne la vie, elle perd son mouvement. Aussi, comme il n'y a pas de sensation sans substance matérielle, en dehors de la puissance spirituelle, les sens à leur tour ne peuvent avoir d'activité.


Page précédente

Sommaire

Page suivante


Date de création : 21/11/01 - date de mise à jour : 3/7/02