La création de l'homme - chapitre 9

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CHAPITRE IX

L'ORGANISME HUMAIN EST ADAPTÉ AUX NÉCESSITÉS DU LANGAGE

 

La divine beauté, dont le Créateur nous a fait don en mettant en son image la ressemblance des biens qu'il possède, apporte avec elle les autres biens dont Dieu a libéralement doté notre nature humaine. L'esprit et la réflexion, on ne peut les appeler propre­ment des dons, mais plutôt une participation, car par eux, c'est la splendeur même de sa nature que Dieu a déposée en son image. Or l'esprit, qui est du domaine de l'intelligible et de l'incorporel, ne pouvait communiquer et unir sa beauté à d'autres êtres, s'il n'inventait quelque moyen de manifester au dehors son mouvement. C'est ce qui rendit néces­saire la création d'un organisme, afin que l'esprit, touchant à la façon d'un plectre les parties aptes à la voix, traduise par l'impression de sons variés le mouvement venu de l'intérieur. Un habile musicien, qu'un accident a privé de sa voix, pour faire connaître ce qu'il a dans l'esprit, se sert du chant de voix étrangères et livre son art au public grâce à la flûte ou à la lyre. Ainsi l'esprit humain : il découvre des pensers de toutes sortes, mais il ne peut montrer son mouvement intérieur à l'âme qui entend par les sens du corps ; aussi comme un habile accordeur, il touche ces organes animés, pour manifester ses pen­sées secrètes par le bruit qu'il fait dans les sens.

Quant à la musique qui se fait entendre dans l'organisme humain, elle est comme un mélange de flûte et de lyre qui s'unissent l'une à l'autre en une même harmonie. Le souffle, venant des réservoirs qui le contiennent, est poussé vers le haut à travers la trachée. Lorsque celui qui veut parler tend cet organe en vue de produire un son, le souffle se heurte aux commissures intérieures qui entourent ce conduit pareil à une flûte. Il imite d'une certaine façon le son de celle-ci par les vibrations produites autour des saillies membraneuses. Puis le son venu d'en bas est reçu dans la cavité pharyngienne, d'où il se divise dans le double conduit des narines et dans les cartilages de l'ethmoïde pareils à des stries d'écaille, ce qui donne à la voix plus de clarté. La joue, la langue, la structure des parties entourant le pharynx qui donne à la mâchoire inférieure une forme creuse terminée en pointe, toute cette organisation corres­pond de bien des manières au mouvement des cordes du plectre, car elle permet de tendre rapidement l'ensemble au moment voulu. Les lèvres, quand elles se relâchent et se resserrent, ont le même effet que les doigts de ceux qui règlent l'air de la flûte et l'harmonie du chant [1].


1. Grégoire donne la même description plus brièvement dans un autre passage : « Ne vois-tu pas que la gorge est une flûte, le palais un résonateur, la langue, les joues et la bouche comme les cordes et l'archet ... » (XLIV, 414 A). La source ici est encore évidemment Posidonius, si l'on compare Cicéron, De Nat. Deor., 149 : « II y a premièrement depuis les poumons jusqu'au fond de la gorge une artère par où sort la voix. Ensuite dans la bouche se trouve la langue suivie par les dents. En poussant la voix contre la langue et les autres parties de la bouche, la langue produit des sons dis­tincts. Aussi les stoïciens comparent la langue à l'archet, les dents aux cordes et les narines au corps des instruments. » Grégoire continue en disant que le « microcosme, c'est-à-dire la nature humaine, manifeste ainsi la même musique que l'univers et qu'ainsi la partie correspond au tout « (XLIV, 414 A). Sur ce problème de la correspondance de la lyre humaine et de la lyre cosmique, où convergent les thèmes pythagoriciens (de la musique) et stoïciens (de la sympathie cosmique), voir Boyancé, Études sur le songe de Scipion, Bordeaux, 1936, p. 99.



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Date de création : 21/11/01 - date de mise à jour : 3/7/02