La création de l'homme - chapitre 5

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CHAPITRE V

L'HOMME EST UNE IMAGE DE LA ROYAUTÉ DE DIEU

 

La beauté divine n'est pas le resplendissement extérieur d'une figure ou d'une belle   apparence ; elle consiste dans la béatitude indicible d'une vie parfaite. Aussi de même que les peintres, dans les cou­leurs qu'ils emploient pour représenter un personnage sur un tableau, arrangent leurs teintes selon la nature de l'objet pour faire passer dans le portrait la beauté du modèle, imaginez de même celui qui nous façonne : les couleurs en rapport avec sa beauté sont ici les vertus qu'il dépose et fait fleurir en son image pour manifester en nous le pouvoir qui est le sien. La gamme variée des couleurs qui sont en cette image et qui représentent vraiment Dieu n'a rien à voir avec le rouge, le blanc ou quelque mélange de couleurs, avec le noir qui sert à farder les sour­cils et les yeux et dont certain dosage relève l'ombre creusée par les traits, ni en général avec ce que les peintres peuvent encore inventer. Au lieu de tout cela, songez à la pureté [1], à la liberté spirituelle[2], à la béatitude, à l'éloignement de tout mal, et à tout le reste par quoi prend forme en nous la ressemblance avec la Divinité. C'est avec de pareilles couleurs que l'auteur de sa propre image a dessiné notre nature.

Si vous examinez les autres caractères de la beauté divine, vous trouverez que sur ces points encore la ressemblance est exactement gardée dans l'image que nous sommes. La Divinité est Esprit et Verbe : « Au commencement » en effet, « était le Verbe » [3]. Et selon Paul, les Prophètes « ont l'Esprit du Christ [4]» par­lant en eux. La nature humaine, non plus, n'est pas loin de ces attributs : en vous-même, vous voyez la Raison et la Pensée, imitation de Celui qui est en vérité Esprit et Verbe.

Dieu est encore Amour et source d'amour. Jean le Sublime dit que : « L'amour vient de Dieu » et « Dieu est amour » [5]. Le modeleur de notre nature a mis aussi en nous ce caractère : « En ceci, dit-il, en effet, tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres [6]» Donc, si l'amour est absent, tous les traits de l'image en nous sont déformés.

Enfin la Divinité voit tout, entend tout, scrute tout. Vous aussi, par la vue et l'ouïe, vous percevez les choses et par la pensée, vous pouvez examiner et scruter l'univers


1. Le mot apatheia ne doit pas s'entendre chez Grégoire d'une simple tranquillité de l'âme délivrée des passions, mais d'une participation à la vie incorruptible de Dieu lui-même. Voir Lot-Borodine, "La doctrine de la déification dans l'Église grecque", Rev. hist. rel., 1932, p. 135 sqq.

2. Nous traduisons apatheia par liberté spirituelle. C'est la prérogative perdue par Adam après le péché et que le Christ restitue avec l'amitié divine. Elle joue un rôle essentiel dans la spiritualité de Grégoire.

3. Jn. I, 1.

4. 1 Cor. VII, 40.

5. 1 Jn. IV, 7, 8.

6. Jn. XIII, 35.


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Date de création : 21/11/01 - date de mise à jour : 3/7/02