La création de l'homme - chapitre 4

Page précédente

Sommaire

Page suivante


CHAPITRE IV

LA FORMATION DE L'HOMME SIGNIFIE LE POUVOIR DE DOMINATION QU'IL A SUR TOUTES CHOSES

 

Les artistes ici-bas donnent à leurs instruments une forme en rapport avec l'usage qu'ils en feront. Ainsi le meilleur des artistes fabrique notre nature comme une création adaptée à l'exercice de la royauté. Par la supériorité qui vient de l'âme, par l'apparence même du corps, il dispose les choses de telle sorte que l'homme soit apte au pouvoir royal. Ce caractère royal, en effet, qui l'élève bien au-dessus des conditions privées, l'âme spontanément le manifeste, par son autonomie et son indépendance et par ce fait que, dans sa conduite, elle est maîtresse de son propre vouloir[1]. De quoi ceci est-il le propre, sinon d'un roi ?

Ajoutez à cela que sa création à l'image de la nature qui gouverne tout montre précisément qu'elle a dès le début une nature royale. D'après l'usage commun, les auteurs des portraits de princes, en plus de la représentation des traits, expriment la dignité royale par des vêtements de pourpre et devant cette image, on a l'habitude de dire : « le roi ». Ainsi la nature humaine, créée pour dominer le monde, à cause de sa ressemblance avec le Roi Universel, a été faite comme une image vivante qui participe de l'archétype par la dignité et par le nom : la pourpre ne l'entoure pas, un sceptre ou un diadème ne signifient pas sa dignité (l'archétype, lui, n'en a pas) ; mais, au lieu de pourpre, elle est revêtue de la vertu, le plus royal de tous les vêtements ; au lieu d'un sceptre, elle s'appuie sur la bienheureuse immortalité ; au lieu d'un diadème royal, elle porte la couronne de justice, en sorte que tout, en elle, manifeste sa dignité royale, par son exacte ressemblance avec la beauté de l'archétype.


1. La ressemblance de l'homme avec Dieu consiste essentiellement pour Grégoire dans la liberté. C'est là une différence notable avec saint Augustin pour qui elle consiste avant tout dans l'intelligence. La pensée de Grégoire sera sur ce point l'origine d'une tradition particulière de la théologie occidentale, parallèle à l'augustinienne, qui par Scot Erigène et saint Bernard ira jusqu'à Descartes et à la philosophie moderne. Voir à ce sujet Gilson, La liberté chez Descartes et la théologie. Paris, p. 193 ; Déchanet, Aux sources de la spiritualité de Guillaume de Saint-Thierry, 1940, p. 43.


Page précédente

Sommaire

Page suivante


Date de création : 21/11/01 - date de mise à jour : 3/7/02