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CHAPITRE III
LA NATURE HUMAINE EST
CE QU'IL Y A DE PLUS PRÉCIEUX DANS TOUTE LA CRÉATION VISIBLE
II nous faut aussi arrêter notre attention
sur ce fait qu'une fois jetés les fondements d'un pareil
univers et des parties qui le constituent dans sa totalité,
la puissance divine improvise pour ainsi dire la création,
qui vient à l'existence aussitôt qu'ordonnée. Pour la formation
de l'homme, au contraire, une délibération précède et, selon
la description de l'Écriture [1], un plan
est d'abord établi par le Créateur pour déterminer l'être
à venir, sa nature, l'archétype dont il portera la ressemblance,
sa fin, son genre d'activité et l'exercice de son pouvoir.
L'Écriture examine tout soigneusement à l'avance, pour montrer
que l'homme va obtenir une dignité antérieure à sa naissance,
puisqu'il a obtenu le commandement du monde avant même
de venir à l'être. En effet « Dieu dit », selon les
mots de Moïse, « Faisons l'homme à notre image et ressemblance
; qu'il commande aux poissons de la mer, aux bêtes de la
terre, aux oiseaux des cieux, aux animaux et à toute la
terre » [2]. Chose étonnante ! Le soleil
est créé et aucune délibération ne précède. Pour le ciel
il en est de même. Rien pourtant ne les égale dans la création.
Or, de telles merveilles, un mot suffit pour les constituer.
L'Écriture n'indique ni d'où elles viennent, ni comment,
ni rien de tel. Ainsi chaque chose en particulier, l'éther,
les astres, l'air qui les sépare, la mer, la terre, les
animaux, les plantes, tous les êtres, d'un mot viennent
à l'existence. Il n'y a que pour la création de l'homme
que l'auteur de l'univers s'avance avec circonspection :
il prépare d'abord la matière dont il le composera, il le
conforme à la beauté d'un archétype, puis, selon la fin
pour laquelle il le fait, il, lui compose une nature accordée
à lui-même et en rapport avec les activités humaines, selon
le plan qu'il s'est proposé [3].
1. Dans ce chapitre et les
trois suivants, Grégoire laisse de côté
Posidonius et développe son anthropologie spécifiquement
biblique et chrétienne. Il reprendra son auteur avec
les développements physiologiques qui commenceront
en 143 B.
2. Gen. I, 26.
3. Grégoire ne tarit
pas d'éloges quand il décrit la beauté
de la nature humaine. Elle est sans prix (XLIV, 665 A),
parce qu'elle est image de Dieu. C'est au nom de cette dignité
éminente de la personne humaine qu'il condamne l'esclavage
(XLIV, 664 B) et qu'il exhorte à soulager les misères
(XLVI, 480 D).
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Date de
création : 21/11/01 - date de mise à jour :
3/7/02
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