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CHAPITRE II
POURQUOI L'HOMME VINT LE
DERNIER DANS LA CREATION
Cette grande et précieuse [1]
chose qu'est l'homme n'avait pas encore trouvé place dans
la création. II n'était pas naturel que le chef fît son
apparition avant ses sujets, mais ce n'était qu'après la
préparation de son royaume que devait logiquement être
révélé le roi, lorsque le Créateur de l'univers eut pour
ainsi dire préparé le trône de celui qui devait régner [2].
Voici la terre, les îles, la mer et sur eux, la voûte du
ciel comme un toit. Des richesses de toutes sortes avaient
été placées dans ces palais : par richesses, j'entends toute
la création, tout ce que la terre produit et fait germer,
tout le monde sensible, vivant et animé et aussi (s'il faut
compter dans ces richesses ces matières que leur beauté
rend précieuses aux yeux des hommes, tel que l'or, l'argent
et ces pierres tant convoitées) tous ces biens que Dieu
cache en abondance dans le sein de la terre comme en des
celliers royaux. Alors Dieu fait paraître l'homme en ce
monde, pour être des merveilles de l'univers et le contemplateur
et le maître : il veut que leur jouissance lui donne l'intelligence
de celui qui les lui fournit, tandis que la grandiose beauté
de ce qu'il voit le met sur les traces de la puissance ineffable
et inexprimable du Créateur [3].
Voilà pourquoi l'homme est amené le dernier
dans la création, non qu'il soit relégué avec mépris au
dernier rang, mais parce que dès sa naissance, il convenait
qu'il fût roi de son domaine. Un bon maître de maison n'introduit
son invité qu'après les préparatifs du repas, lorsqu'il
a tout rangé comme il faut et suffisamment décoré maison,
literie et table ; alors, le dîner prêt, il fait asseoir
son convive. De la même façon, celui qui, dans son immense
richesse, est l'hôte de notre nature, décore d'abord la
demeure de beautés de tout genre et prépare ce grand festin
aux mets variés ; alors il introduit l'homme pour lui
confier non l'acquisition de biens qu'il n'aurait pas encore,
mais la jouissance de ce qui s'offre à lui. C'est pourquoi,
en le créant, il jette un double fondement par le mélange
du divin au terrestre, afin que par l'un et l'autre caractère,
l'homme ait naturellement la double jouissance de Dieu
par sa divine nature, des biens terrestres par la sensation
qui est du même ordre que ces biens [4].
1. L'expression timion
ti appliquée à l'homme vient de Platon.
2. Sur l'évolutionnisme
de Grégoire et son anthropocentrisme, voir l'Introduction,
p. 36.
3. La connaissance de Dieu
par la contemplation du monde visible est un lieu commun
de la pensée stoïcienne (Voir Philon, De
monarch., 1, p. 216 M. ; Cic., De Nat. Deor.,
11,6, 17). Elle tient une grande place chez Basile, dont
l'influence sur Grégoire est grande (P. G. XXIX,
329 c). Voir aussi Philon, De op., 25, où
l'on trouve l'image du maître de maison.
4. « L'âme humaine
est aux confins de deux mondes », (XLIV, 1009 A).
Même expression chez Philon. De op., 46.
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Date de
création : 21/11/01 - date de mise à jour :
3/7/02
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